Depuis que l'image est étudiée pour elle-même, et non plus en référence aux textes, la description en est une étape fondamentale pratiquée par tous les courants historiographiques. La description beazleyienne, stylistique, est le fondement de l'attributionnisme, et tous les disciples de cet historien de l'art y font référence (Martine Denoyelle, Donna Kurtz, Pascale Linant de Bellefonds), comme les historiens de Cambridge et Oxford (Mary Beard, Jas Elsner, John North, Simon Price); elle est le passage obligé des rédacteurs des grands catalogues (CVA,LIMC), et du regard anthropologique de l'Ecole de Paris (Françoise Frontisi-Ducroux, François Lissarrague, Marie-Christine Villanueva-Puig). Cependant, en particulier chez les archéologues italiens (Ida Baldassare, Irène Bragantini, Luca Cerchai, Angela Pontradonlfo), son utilité en tant qu'exercise académique est remise en cause. Indispensable au regard scientifique dans la démarche d'analyse du chercheur, elle sert à faire voir, à montrer: faire apparaître au lecteur ce qu'il ne saurait voir seul, sans un regard érudit et aiguisé, mais surtout elle témoigne de la subjectivité de ce regard. Ainsi la description est déjà interprétation, et la distinction de Panofsky enytre iconographie et iconologie est caduque.

1.1. La description, un outil spécifique à la lecture de l'image

Elle est un passage obligé. De la formation qu'il a reçue, François Lissarrague l'a conservée comme un préalable indispensable à l'interprétation; Renaud Robert en souligne la nécessité pour montrer le raisonnement qui sert de base à la démonstration en cours. Selon Luca Giuliani, la description est un « flux de paroles », une mise en mots de la lecture de l’image qui sert à la démonstration d'après Mary Beard. 

1.2 Précision et culture

Elle doit être d’une précision, d’une clarté sans faille : Luca Cerchiai, Gilles Sauron et Marie-Christine Villanueva-Puig insistent sur l’importance d’y inclure tous les détails que peut saisir le regard du chercheur, détails qui seront réutilisés dans la phase analytique proprement dite, et John Boardman souligne que la précision de ce regard n’est pas donnée à tout le monde.

Elle mobilise aussi tous les savoirs. En effet, pour L. Cerchiai, M. Denoyelle, F. Lissarrague, c’est le savoir accumulé du chercheur qui lui permet de voir et comprendre, tandis que Donna Kurtz souligne l’importance de l’acquisition de ce savoir dans la formation au regard de ses étudiants.

2. La pluralité des descriptions

Une même image donnera lieu à des descriptions différentes en fonction du sujet, du contexte éditorial et du public lecteur ou regardant, comme le soulignent Martine Denoyelle, Simon Price et Renaud Robert. François Lissarrague et Simon Price soulignent la technique littéraire qu’elle requiert.

3.1 Un outil d'interprétation, sans objectivité

Elle n’est jamais exhaustive et n’est surtout pas objective : les choix faits par le chercheur sont en fonction du sens qu’il veut donner à son discours. Martine Denoyelle, Luca Giuliani, John North, Renaud Robert insistent sur le fait que la description rend compte d’un regard orienté, où ne sont pointés que les éléments qui vont servir à la démonstration.

Ainsi Irène Bragantini comme L. Giuliani en soulignent l’inutilité tant qu’elle n’est qu’un commentaire « objectif », redondante avec ce que le lecteur ou le public peut voir par lui-même.

3.2 Un outil d'interprétation: de la subjectivité à l'exigence d'objectivité

Elle exprime la subjectivité du regard du chercheur dans ses choix et ses partis-pris : M. Denoyelle, L. Giuliani, F. Lissarrague comme Jas Elsner, R. Robert et M.C. Villanueva-Puig s’accordent pour montrer que, dans leur démarche, l’interprétation participe directement de la description.

C’est pourquoi il faut donner au lecteur les moyens de comparer et se faire sa propre opinion par rapport à l’interprétation du chercheur. Ainsi L. Cerchiai pointe l’obligation (morale) pour celui-ci de rendre lisibles les étapes de sa démonstration et les partis-pris qui l’ont conduite ; J. Elsner, L. Giuliani et R. Robert celle de proposer au lecteur en parallèle de leur vision personnelle, l’image « objective » qui fait l’objet de la description  et J. North d’offrir à ce même lecteur les interprétations concurrentes.

4. Conclusion

Dans le regard sur l’image et le discours qui en rend compte, acte descriptif et acte interprétatif se confondent, dépassant la logique panofskienne de distinction entre iconographie et iconologie.

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