La notion de fragment dans l'art peut s'appréhender de différentes manières. Les chercheurs interviewés en sont la preuve et démontrent la pluralité de sens de ce terme, qu’on peut concevoir dans sa matérialité (le tesson) mais aussi avec une signification plus abstraite (le fragment culturel). 

Ils évoquent tout d’abord cette fragmentation naturelle des œuvres antiques, qu’elles soient à caractère archéologique comme les vases, ou artistique avec la statuaire. Dans les deux cas, la valeur scientifique du fragment est capitale, comme est importante sa fonction pédagogique. Ainsi, la question de l’étude du fragment se pose. Ce dernier étant par définition incomplet, nos chercheurs ont bien souvent recours au dessin ou au procédé photographique, pour une meilleure compréhension de l’œuvre. En effet, ces techniques peuvent aider à la perception et à la compréhension d’éléments indispensables. Ainsi, tous l’admettent, une oeuvre ne peut être comprise si elle n’est pas étudiée dans son ensemble. Par « ensemble », on entend effectivement l’œuvre en elle-même, mais aussi l’étude de son contexte, des différentes sources, littéraires notamment, qui permettent de lui redonner son entièreté.

1.1. L'état fragmentaire des objets antiques

La fragmentation est naturelle et fréquente pour les œuvres de l’Antiquité. En effet, le temps n’a pas toujours préservé les productions anciennes. Comme l’indique la formule « les fragments Campana », citée par Martine Denoyelle, ce type d’œuvre est étudié par les chercheurs antiquisants. Ainsi, dans le cas des vases attiques, c’est essentiellement en fragments qu’ils ont été retrouvés sur l’Acropole. Mais les inscriptions ou les statues sont souvent aussi fragmentaires.

1.2. Préciosité et valeurs des fragments étudiés

Les auteurs accordent une grande valeur aux fragments archéologiques qu’ils ont pu découvrir ou étudier : pour Marie Christine Villanueva-Puig un fragment même tout petit peut receler une image exceptionnelle ; selon John Boardman, ils sont en mesure d’expliquer toute une scène. Ainsi leur valeur pédagogique est à souligner.

2. Comment compléter un fragment

Les auteurs ont plusieurs attitudes face à un fragment archéologique. La restitution de l'objet est primordiale pour les chercheurs. C'est à travers le dessin, ou encore la photographie, comme l'explique Renaud Robert, que l'on peut obtenir une meilleure compréhension de l'objet et ainsi envisager diverses interprétations.

3.1. L’interprétation d’une œuvre à travers tous ses fragments

Selon les chercheurs, l'interprétation d'une œuvre ne peut se faire que lorsqu’elle est complète. Elle doit être vu dans sa globalité, dans son ensemble. Comme le souligne John North, on ne peut pas interpréter l’œuvre sans voir les autres morceaux qui le compose. De par l'état partiel des catalogues et corpus, tels que le LIMC ou le CVA, il est essentiel de procéder à un travail de reconstitution minutieux, comme l'expliquent Françoise Frontisi-Ducroux et François Lissarrague.

3.2. Rapprocher l’œuvre de son contexte

Hors de son contexte, l’œuvre peut apparaître comme fragmentaire. Pour l’interpréter, les auteurs la rapprochent d’autres sources (littéraires, iconographiques…), qui lui redonnent son entièreté. Luca Giuliani, comme d'autres chercheurs, privilégient la connaissance du contexte de l'objet afin d'obtenir une interprétation correcte. Gilles Sauron assemble quant à lui iconographie et sources littéraires. Comme le souligne Martine Denoyelle, le contexte est obligatoire pour permettre une compréhension et une perception de l'objet dans son ensemble.

Commentaires (0)

Les commentaires sur ce sujet ne sont plus acceptés.
logo de l'université de Tours

Université de Tours - 60 rue du Plat d'Etain - 37020 Tours cedex 1